« Saint Paul et le mariage » ? Par le Père Louis de Raynal
Prêtre à la paroisse St Bénigne de Dijon le Père Louis de Raynal interviendra lors du colloque, sur le thème « La famille, une Bible en images »
Il est l'auteur d'un ouvrage paru en 2010 "La bonne nouvelle du mariage - le père Caffarel, prophète pour notre temps"
L'abbé de Raynal y expose l'engagement de la pensée du Père Caffarel, pionnier de la spiritualité conjugale contemporaine. En poursuivant sa synthèse jusqu'au magistère de Jean-Paul II, il donne à entendre aujourd'hui le timbre prophétique de la voix d'Henri Caffarel
LE GRAND « MYSTERE » DU MARIAGE
« Saint Paul et le mariage » ? Si vous posez cette question, certains autour de vous se trouveront un peu embarrassés pour répondre. L’Apôtre des nations n’a pas toujours en effet bonne presse aux yeux des chrétiens mariés : ils se rappellent trop ce fameux texte où Paul stipule aux femmes d’être soumises à leurs maris. Ce texte, issu de la Lettre aux Ephésiens, est intitulé dans la Bible de Jérusalem « Morale domestique ». Saint Paul est-il condamné alors à n’être qu’un affreux moralisateur ? N’a-t-il rien d’autre à nous dire concernant la vie conjugale de l’homme et de la femme renouvelés dans le Christ ?
Paul est apôtre avant d’être théologien. Ce qu’il tire en principe vient de son expérience concrète d’évangélisateur. Or nous savons qu’au cours de ses voyages, Paul s’est adjoint comme collaborateurs un couple, Priscille et Aquilas. Ces chrétiens de grande valeur, fabricants de tentes, sont issus du judaïsme de la diaspora. Paul les rencontre à Corinthe puis à Ephèse. Ce sont non seulement des compagnons de travail mais aussi des amis qui vont l’aider dans sa mission d’annonce de la Bonne Nouvelle. L’Eglise se réunit chez eux. A leur contact, Paul pressent un grand et profond mystère. Ce couple chrétien vit de la foi au Christ ressuscité. Comme un jaillissement et débordement, une vie nouvelle irrigue et transforme tous leurs actes. Leur vie conjugale et familiale porte l’empreinte de l’eau vive du baptême.
Tout d’un coup, c’est la révélation pour Paul ! Quand il rencontre des époux qui s’aiment de l’amour du Christ, ceux-ci font passer dans son cœur un peu de cette charité divine qui unit le Christ à l’Eglise. Le Père CAFFAREL, fondateur des Equipes Notre-Dame, l’explique ainsi : « Quand un mari aime sa femme comme le Christ a aimé l’Eglise, quand une femme aime son mari avec cette vénération tendre et cette soumission aimante dont l’Eglise entoure son Chef, ils réalisent entre eux quelque chose du grand mystère, ils accomplissent la rédemption, ils s’unissent dans l’amour même du Christ et de l’Eglise. Quand ils donnent naissance à des enfants, quand ils les élèvent du même cœur que le Christ formait ses apôtres, quand ils rayonnent autour d’eux l’amour dont ils vivent, ils participent à l’immense mission du Christ et de l’Eglise, ils évangélisent et ils sauvent le monde ».
Ce couple démontre à Paul combien l’action des époux chrétiens est importante. Lorsqu’ils sont soutenus par une foi vivante et active, leur engagement pour l’Eglise et dans l’Eglise devient naturel. Leur vie commune quotidienne se prolonge et en quelque sorte s’élève en assumant une mission commune en faveur du Corps mystique du Christ. Il en était ainsi dans la première génération et il en sera souvent ainsi. C’est ainsi que dans une catéchèse en 2007, Benoît XVI affirme : « Priscille et Aquilas sont le modèle de l’Eglise, famille de Dieu pour tous les temps »
Combien de couples que nous préparons au sacrement de mariage savent-ils que le Christ leur confie une mission commune dans le monde et dans l’Eglise ? Pour la célébration de leur mariage à l’Eglise, ces jeunes choisissent les textes de la Parole de Dieu. Celui qui revient le plus souvent est sans conteste 1 Co 13, l’hymne à la charité de saint Paul. Ce texte touche les jeunes, car il est comme la charte de leur amour. Ne pourrions-nous pas aussi leur présenter Eph 5, 21-33 comme la charte de leur mariage ? Ce texte commence ainsi : « Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ». Pour Paul, l’accueil de la vie nouvelle commence par un acte d’humble soumission mutuelle, clé qui va débloquer toutes les relations humaines. La femme, plus proche du mystère de la vie, a la mission d’aider l’homme à entrer dans cette logique de l’amour. Pour Paul, il revient donc à la femme de se soumettre la première.
L’Eglise recherche des couples rayonnants. Charles de Foucauld disait déjà cela en 1908. Souvent, il mentionne Priscille et Aquilas comme modèles à suivre pour l’évangélisation. Son expérience en monde musulman le convainc que celle-ci dans un monde indifférent ou spontanément opposé au christianisme ne peut se faire selon l’apostolat par le culte ou sous l’égide des paroisses. Il veut donc que de nombreux chrétiens s’engagent à promouvoir l’évangile par le témoignage de leur vie, éventuellement par la parole, là où ils vivent ou travaillent. Leur spiritualité : amour personnel pour le Christ, « modèle unique », méditation de l’évangile et de la Bible, prière longue si possible devant le tabernacle, et relations fraternelles de bonté envers tous. L’Eglise a besoin aujourd’hui de milliers de Priscille et d’Aquilas, comme des « défricheurs » indispensables avant l’annonce publique de l’Evangile dans un milieu qui en a une vision déformée. Plus que jamais, l’Apôtre nous inviterait à leur transmettre le flambeau de l’annonce de l’Evangile.
Merci à saint Paul de nous aider à découvrir ce grand mystère du sacrement de mariage qui habite la vie des époux jusque dans leurs actes conjugaux !